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Le soleil se lève à peine quand je quitte la maison, direction Plaisance, puis Rodrigues. Les jours qui ont précédé mon départ m’ont un peu stressée : interview à faire et papiers à rendre pour respecter les délais, événements familiaux, pot de départ avec les amis, bref, je n’ai pas vu passer les deux dernières semaines, et je suis plus ou moins à jour sur mon taf… Faut dire que j’enchaîne directement sur les vacances annuelles après mes cinq jours à Rodrigues. Comme pour me mettre en condition, la radio annonce que les travaux à l’aéroport Sir Gaëtan Duval (à Rodrigues donc) sont prévus pour allonger la piste – pour qu’enfin les pilotes cessent de freiner debout – comme le demandent les Rodriguais depuis tellement longtemps.

Je vais au RIKF 2016, le Rodrigues International Kitesurf Festival – je vous avais prévenu que je vous en reparlerais – et moi avons une longue histoire. C’est la quatrième édition, et je les ai tous couverts: pour le magazine de bord d’Air Mauritius la première fois (texte et photos), pour la Rodrigues Kitesurfing Association (RKA) comme photographe en 2014, comme attachée de presse et photographe l’année dernière, et cette année en indépendante pour La Métisse a dit… Je vais peut-être enfin écrire cet article que j’ai toujours voulu sur le RIKF.

Au fil des années, certaines relations se sont construites avec plus ou moins d’intensité entre les différents acteurs du RIKF, j’ai filé des surnoms à certains sponsors, fait ami-ami avec des collègues journalistes et les membres de la RKA, appris à connaître quelques kiters, et quelques-uns sont même venus dîner à la maison… J’ai le contact facile… je crois… et je suis d’avis qu’on n’a jamais suffisamment d’amis, de potes ou de connaissances…

Cette année encore je suis accueillie chez Madame Jeannette, et je m’en fais une joie; mais je vous en reparlerai, je me le suis promis, dans un article qui sera consacré à son établissement. Je me réjouis également de retrouver mon petit amoureux, Aaron qui approche maintenant de ses 8 ans et qui me couvre de ces cadeaux que  seuls les enfants de cet âge savent faire: bijou en plastique, fruits, bonbons au miel, dessins ou cartes faites maison… Je me demande à quel âge il va se mettre à m’ignorer…

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La vue depuis les jardins de La Varangue

A l’atterrissage façon rodéo, je me sens un peu comme si je rentrais à ma maison, avant même d’avoir récupéré ma valise. Je croise des connaissances, et à la sortie, rebelote! Bonne surprise, c’est ma pote Claire (Élé) qui me livre mon véhicule de location! Je file directement voir ma copine Zohra Sophie qui loge à La Varangue, en profite pour fumer une clope devant la vue de malade, ensemble on va déposer mes bagages à mon gîte, le temps de me changer et nous allons déjeuner Kot Willy à Anse Mourouk avant de filer sur LA plage du festival!

Anse Mourouk – les kiters sont déjà réunis. La plupart se connaissent déjà et les retrouvailles sont chaleureuses! Instantanément tout me revient, les visages, le vent salé, le rituel de la poignée-de-main-à-la-cool, le son retentissant des ailes que l’on dégonfle, celui apaisant des aiguilles de filao quand le vent vient y jouer, et la délicieuse odeur du café qui émane du resto de la plage de l’hôtel Mourouk Ebony!

Zohra file sur l’eau, elle est dans son élément, et je me pose, après avoir échangé quelques nouvelles fraîches avec Willy de Kite for fun (école de kitesurf) et ma copine Maud, pour écrire un peu!

A Anse aux anglais, quand il pleut, c’est quand même beau!

La pluie nous chasse de la plage, nous nous lançons à la recherche de bouffe, oui, encore! L’athlète qui m’accompagne a faim! Après avoir englouti une demi-douzaine d’ailes de poulet grillées au miel à Anse-aux-Anglais, nous allons en quête de soleil, en vain, mais notre balade nous a conduit jusque Pointe Coton, nous nous laissons tenter par un apéro au Cotton Bay, avant de regagner nos pénates… Temps pour moi de bosser et d’aller remercier mes hôtes!

Jour J

Aujourd’hui ont lieu les inscriptions pour le festival de kite, la grand messe annuelle peut commencer! À vrai dire, ici, le RIKF est le plus important événement de l’année. Au programme : courses, découvertes de nouveaux spots, barbecue, compétitions de freestyle… et en soirée… que dire? Défilés des prétendantes au titre de Miss RIKF, battles de DJ, concerts, tout ça avec une douce saveur de ti-punch et de jus de limon! Tout le monde sait à Rodrigues que le RIKF est synonyme de festivités et il est même arrivé qu’on me dise: « Maintenant que le festival est fini, nous n’aurons plus rien à faire de l’année! » C’est dire…

Fidèle à ses habitudes, la RKA s’est lancé le défi d’accueillir le IFKO Freestyle World Championship, et ils y sont parvenus. J’ai hâte de voir ce que ça va donner. En attendant, durant la cérémonie protocolaire d’ouverture du festival, le commissaire au Tourisme et à l’Environnement, M. Richard Payendee, a remercié l’organisation chaleureusement pour son travail, et a dit compter sur ceux présents pour être les ambassadeurs de Rodrigues… En fin de journée, les inscriptions atteignaient presque la cinquantaine, et ce n’est pas fini!

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Traîner avec Zohra file des complexes! À Rodrigues, elle est devenue une véritable célébrité : la pharmacienne a voulu faire une photo en sa compagnie et plus tard dans la soirée c’est un journaliste qui le lui a demandé; partout où elle passe on l’appelle ‘Championne’, les gens la suivent du regard, et elle ne s’en rend même pas compte! À cause du corps qu’elle s’est sculpté à force de musculation, j’ai l’air d’être un brouillon à ses côtés… le genre avec des ratures dont il n’y a rien à tirer!

La cocktail de bienvenue se tient traditionnellement au Beach bar du Mourouk Ebony. Se trouvent enfin dans le même local tous les principaux acteurs du RIKF. Les retrouvailles se traduisent par des selfies et des conversations plus longues que les brèves salutations et accolades sur la plage : les candidates au concours Miss RIKF, en équilibre sur leurs talons se font tirer le portrait à tout bout de champ, elles sont toutes en jambes et n’ont pas l’air d’avoir froid dans leurs petites robes; le bar est pris d’assaut. Je croise Noyzy Don, le DJ, qui me renseigne sur les dates de ses performances durant le festival, nous en profitons pour échanger des nouvelles, mais aussi Jean Christ Spéville, professionnel du tourisme et de l’événementiel de son état. C’est lui qui a eu l’idée il y a quelques années de faire avec ce que leur donne la nature un grand événement annuel, le RIKF était né : « On peut parler d’une belle évolution, tout le travail effectué permet de révéler le potentiel de l’île, tant au niveau des atouts naturels que par les aptitudes à valoriser, et ce sans se départir de notre qualité première, l’accueil et la simplicité des Rodriguais. Être structuré n’empêche pas d’être simple, efficace et naturel. Je ne pense pas en termes de ‘réussite du festival’ mais plutôt en terme de ‘retombées pour Rodrigues’… » Voilà qui est dit, le papa du RIKF a l’air d’être un patriote!

Il est difficile de se raconter une année en une soirée, il y a tant de changements… Certains kiters se sont mariés, d’autres sont devenus parents, d’autres encore ont changé de métier, de nouvelles routes sillonnent l’île, de nouvelles constructions ont changé le centre de Mont Lubin, de nouvelles expressions ponctuent le créole, je prends la mesure de tout ce que j’ai raté…

Première journée à l’eau

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Au briefing de départ par Jérôme Branellec, les visages réunis autour de lui sont bien sérieux, faut dire que les règles diffèrent des années précédentes, et l’enjeu ne manque pas d’attrait – 30 000 €, plus d’un million de roupies – voilà qui ajoute du piquant et ça c’est aussi amélioré pour la presse… Cette année, dans la petite case en paille où les inscriptions continuent, nous avons le wifi; le coin sert aussi à se poser pour bosser entre deux activités, et c’est à l’abri du vent, voilà qui est plus que bienvenu quand on en peut plus de se battre avec le sable qui pique les jambes et les mèches folles… Elle est pas belle la vie?

A 40 minutes du départ du mini raid (20km) les ailes se font gonfler au compresseur pratiquement en face de la ligne de départ, les énormes bouées jaunes détonnent étrangement avec le paysage d’habitude si bleu, mais dans une poignée de minutes elles seront assorties aux kites portés au zénith par les navigateurs prêts à en découdre! Au départ sont représentées 7 nationalités (sans compter que les Réunionnais ont été comptés comme Français, et les Rodriguais comme Mauriciens), 37 hommes et 12 femmes.

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Une fois qu’ils sont alignés pour le départ le spectacle est de toute beauté, les ailes colorent le ciel, le silence typique précédent le signal de départ est brièvement interrompu par les taquineries entre surfeurs, même la presse, les officiels, sponsors et autres chasseurs d’images retiennent leur souffle; seules les vaguelettes, imperturbables, continuent à jouer une musique dont la partition est connue d’elles seules!

C’est le départ, les kiters partis, la tension retombe, les conversations reprennent doucement entre ceux qui sont restés à terre, nous n’avons plus qu’à attendre leur retour, et à spotter un bon coin pour ne rien en perdre…

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Le premier à passer la ligne d’arrivée est le Rodriguais Drany Clair chez les hommes, accueilli par son collègue et ami Willy, et les ‘hourras’ du public. La scène est émouvante : Drany ne cesse de rire, il est tout en simplicité, fait redescendre sa voile, n’a même pas un regard pour les journalistes avant qu’ils ne l’interpellent! Sans grande surprise, Zohra Sophie arrive en tête chez les filles!!! C’est sa quatrième participation au RIKF, le podium et elle ont une longue histoire commune! Je tente de recueillir leurs impressions à chaud, mais Zohra se fait déjà interviewer par la chaîne de télé locale, quant à Drany, il a fallu le pister… Il nous confie : « Mon ami Bobo (champion de l’année passée) et moi nous nous sommes battus jusqu’au bout! Le plus dur c’est l’inconstance du vent et les cuisses qui trinquent! » Il se plaint peut-être, mais son sourire en dit long sur son bonheur et ça fait plaisir à voir…

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L’après-midi, nous nous sommes planquées derrière le quartier général de Kite for fun pour une courte mais intensive séance de repos. La simulation des championnats du monde de freestyle commence! Nous prenons connaissance du règlement, et horreur!!! Les photographes sont interdits sur tellement de zones que je sais d’avance à quoi vont ressembler les photos! Je suis surtout furieuse d’avoir laissé mon zoom et mon trépied à Maurice!

Prochaine étape la soirée au Saphir Night Club, comme d’habitude, l’ambiance est festive : ça crie de partout, ça drague à mort, et ça boit sec, la musique est assourdissante, tout le monde passe un bon moment, l’hiver est dehors, mais à l’intérieur de la boîte, il fait plus de 30 degrés!

Deuxième journée à l’eau…

Vent ou pas vent, le rendez-vous est maintenu sur la plage d’Anse Mourouk. La matinée commence normalement, petit dej chez Mme Jeannette, échanges de SMS avec Zohra, direction La Varangue pour la récupérer et entamer la journée! Ce que nous n’avions pas prévu cependant, c’est de crever sur une route en pente, et d’être incapable de dévisser la roue de secours sous la 4×4!!!

Les Rodriguais forment un peuple merveilleux, à peine nous sommes nous accroupies pour constater le désastre , que trois inconnus s’arrêtent pour nous aider… Petite île oblige, les nouvelles vont vite, le cuisinier de La Varangue arrive accompagné d’un copain, Jean Christ appelé à la rescousse se pointe aussi, et même Olivier, le loueur de voiture se déplace, même si ce dernier n’arrive qu’après la bataille, l’ayant croisé en route! Tout ça pour un pneu crevé!

Ma grande crainte était que Zohra rate la course par ma faute, par chance les caprices du vent ont joué en sa faveur… Juste avant le départ du Long Raid (30km), je grimpe dans une pirogue avec Youl pour tenter d’avoir des photos du côté de la première bouée! Le temps gris n’est pas idéal, et la situation ne va pas s’améliorer…

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Zohra se classe première à nouveau chez les filles et chez les hommes c’est Hector Paturau qui devance Drany. Nous ne traînons pas, la soirée à la Butte de sable promet d’être festive, c’est un des plus gros rendez-vous du festival, il y a de la musique live, un immense feu de camp, un bar dynamique, l’année dernière il y avait même un feu d’artifice et tout le monde danse jusqu’a une heure bien avancée de la nuit quand les DJs s’y mettent! Mais voilà… Même avec toute la bonne volonté du monde, il est impossible de contrôler le temps! Quelques minutes après notre arrivée, le ciel se vide sur la foule bien décidée à faire la fête malgré l’averse qui n’en finit pas! Alors que les Miss RIKF défilent sur le podium, le public applaudit et les encourage… Décidément rien n’arrête les Rodriguais!

Après avoir patienté une heure dans le van, la pluie semble faire une pause! Nous allons vite chercher de quoi boire et on file se sécher au coin du feu qui a résisté à l’averse ! La pluie reprend, je me fais tirer les oreilles par Zohra qui insiste depuis un moment pour qu’on se mette à l’abri! Andy nous planque sous la tente de la régie-son juste à temps pour voir le dernier défilé des miss! Leur chorégraphie est sympathique, on a vite fait de choisir nos préférées!

La danse peut commencer! Sur scène se pointent les DJs Noysy Don et Big Papa, deux habitués, que dis-je, deux grands supporters du RIKF. Partout où je pose les yeux, les doudounes, casquettes, imperméables, sweats à capuches et autres écharpes serrées sur les têtes et les épaules sautillent en cadence! Sous ces abris inutiles et détrempés, étrangers et locaux passent un bon moment! Il est temps de boire quelque chose! M’en fiche, ce soir c’est Zohra qui conduit!

Interceptées par les membres de la RKA, on s’installe au pied de la scène pour trinquer! Génial, un carré VIP et j’en suis!!! Ça y est, ils ont fini de bosser pour aujourd’hui et ils peuvent se lâcher, c’est trop mignon, on dirait des gosses en récré! Ils ont bien mérité de se détendre! La somme de travail abattue est énorme, et ce n’est pas fini!!!

7 juillet: Ode à l’hédonisme

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C’est pour ce type de photos, et ces moments de bonheur tranquille que j’aime le RIKF

Je ne suis pas une sportive, je n’aime pas transpirer, souffrir ou me priver… Je ne fais pas de photos extrêmes et certainement pas de photos de sport; les risques… bien peu pour moi, je fais l’impasse sur ce qui est désagréable, évite les complications, fuis les ennuis! Mon truc à moi c’est la dolce vita! Je recherche le bien-être, le confort, la joie. J’aime ce qui est bon, voilà ce qui me va…

Mais toutefois, il y a un je ne sais quoi avec le RIKF qui allie la prise de risque au bien-être… Aujourd’hui, alors que Zohra va tenter de s’emparer du titre de championne du monde de freestyle, j’ai choisi de suivre La Grande Descente. Sur la petite embarcation où je suis, les skippers ont hissé la voile, alors qu’on s’éloigne de la plage, j’observe Zohra s’appliquer à effectuer ses tricks le plus proprement possible! J’étends les jambes, remonte la capuche de mon sweat, rectifie la position de mes Ray Ban, je profite à fond du soleil, le clapotis de l’eau est une vraie berceuse, d’ailleurs je soupçonne mon pote Juan-Lucas de faire un somme, la vie est belle! L’itinéraire est comme suit: départ de la plage de Mourouk, arrivée l’Île Catherine, transfert en pirogues sous le ‘pied-la-fousse’ où on déjeunera d’un barbecue bien ficelé! Cette étape n’a rien d’une compétition, et cela se ressent sur tous les visages! Les surfeurs sont détendus, font des figures sans noms, filment la presse avec leurs Go Pro, prennent du bon temps, et ceux qui suivent la traversée en bateau font de bien meilleures photos.

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Les kiters s’en donnent à cœur joie, et quand ils arrivent épuisés à l’Île Catherine, ils ont cet air béat qui ne vient qu’aux gens heureux! Le temps de ranger leur matériel, de faire quelques clichés, et nous sommes repartis… Le barbecue est excellent comme chaque année, l’ambiance est détendue malgré le vent glacial! Le retour se fait pour la plupart par un autobus ‘spécial-route’ de Pointe Palmiste à Anse Mourouk. Jamais épuisée, la Team RIKF demande à ce que le volume de la musique soit augmenté; très vite, les kiters se mettent à danser avec les hôtesse entre les sièges! Le trajet me semble plus court qu’il n’y paraît, je remplis mes yeux et mon cœur de tout ce qui passe, de la chapelle à l’architecture si spéciale, du veau qui boit au pis de sa grosse vache de mère au bord de la route, des paysages à couper le souffle, des plantations de légumes, des enfants qui courent en riant vers l’épicerie du coin, je ne serai jamais rassasiée de cette île!

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Ce soir à l’Hermitage Club, alors que la France joue la demi-finale de l’Euro 2016 contre l’Allemagne, DJ Nessa, une djette venue d’Ukraine va ‘officier’! On l’attend ‘au tournant’, hier déjà elle a été présentée à la Butte-de-Sable et a beaucoup impressionné la foule présente, surtout la gente masculine pour être honnête… Ma foi, elle a surpassé les attentes, en body style lingerie fine, bas résille et fesses à l’air, elle a balancé la zik à fond pour le plus grand bonheur de tous les amateurs de dance… et de dentelle!

Demain je pars, c’est la première fois que je ne vais pas jusqu’au bout du RIKF, d’autres aventures m’attendent dans un pays que je vais visiter pour la première fois! Je suis partagée entre le chagrin et l’excitation! J’essaie de me consoler en pensant que Rodrigues n’est pas si loin, qu’y revenir n’est pas si compliqué, je pense fort à Zohra, Andy, Élé, Jean Christ et les autres! Le RIKF ce n’est pas juste un festival, c’est surtout les Rodriguais, leur douceur de vivre, l’accueil et le tempo, voila, je crois que je viens de mettre le doigt dessus, mon cœur bat au même rythme que le leur!

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La Miss Information du RIKF, Marie Paule et son sourire qui réchauffe la planète