Ce texte date de quelques années, il a été écrit sur les ‘lieux du crime’, puis publié par mon ami Stéphane sur son blog.

Quand te sens-tu le plus Mauricien?? Le jour béni de l’indépendance où le jour férié compte plus que les coups de canons et les parades affichant fièrement les galons de nos formidables « soldats »…? Très peu pour moi…

Ce qui me confirme mon mauricianisme, c’est qu’aujourd’hui, mardi le 20 décembre 2011, j’ai fait la queue pendant près de 25 minutes pour m’acheter (ou plutôt me faire offrir, merci Stéphane) deux ‘rôtis zassar’ au très célèbre Escale Farata, plus connu sous le nom de Roti-Minute à Curepipe. Ai-je eu l’outrecuidance de m’en formaliser?? Que nenni…

Non contente de cette première ‘perte de temps’, et c’est la raison pour laquelle je suis pas à taffer aujourd’hui, c’est que je vais goûter aux joies de l’administration ‘made in Mauritius’… Et ses files interminables. Fitness est le terme local pour le contrôle technique. La NTA (National Transport Authority), corps paraétatique autorisé à fournir les ‘certificats de fitness’, se trouve à Forest-Side. Une aventure mauricienne dans toute sa splendeur.

La première étape, que l’on devrait davantage appeler la première épreuve, consiste à trouver son numéro de référence. Sur un panneau d’affichage, bien protégée par une vitre pas très propre, se trouve la liste des véhicules ayant un rendez-vous pour le contrôle… Ma référence : 416, ce qui veut dire lire 415 plaques d’immatriculation avant de trouver, enfin, la mienne… La liste écrite à la main est une forme déguisée de queue…! Comme rien n’est clairement indiqué, il faut se renseigner. Pour se faire, repérer un homme d’un certain âge, dont les papiers de véhicule ont bien vécu, l’aborder, et puiser le maximum d’informations, afin de ne pas avoir à importuner d’autres personnes durant les heures qui suivront… Sur ses conseils, me munir de mon numéro de référence, aller à la caisse qui concerne le fitness! Queue de 15 minutes!

Une fois les frais payés, et le document stipulant où je devrai faire la prochaine queue de la journée, il me faut vite prendre mon véhicule resté à l’extérieur des ‘murs’ de la NTA, et avancer dans une file où le responsable de la porte (parce qu’il y en a un) me contrôlera et autorisera mon véhicule à aller dans une autre file dans un couloir. Le monsieur de la porte, mine renfrognée, va m’indiquer cette file sur un ton… comment le décrire ? Poli, mais… juste poli! « Niméro 3, dans milié »! 25 minutes de plus… Une fois passée l’épreuve de l’examen, qui ne dure même pas 5 minutes, nouvelle queue devant une fenêtre où je me verrai remettre un papier stipulant que j’ai obtenu le droit de recevoir le ‘certificat de fitness’. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Enfin, munie de mon nouveau document, faire la queue pour obtenir le certificat lui-même! Une nouvelle aventure à l’intérieur de cette aventure…

Cette file d’une quinzaine d’individus debout ne m’effrayait pas outre mesure… Je me méfiais cependant… Tous ces véhicules qui me précédaient et seulement cette mini file? Juste au cas où, renseignons-nous… « Euh… Non madame, toutes les personnes assises sont aussi dans la queue. Vous devez vous mettre tout au bout, là-bas » me suis-je entendu répondre! Tout au bout là-bas, ça veut dire être en quarante-deuxième position, 50 minutes d’attente… Tu parles d’une galère!!!

Et pourtant non, pas tant que ça. Durant ces quelques heures, j’ai bien rigolé, en observant les novices qui comme moi se sont trompés de file, et puis ceux qui s’emmêlent les pinceaux dans la paperasse, en écoutant avec indiscrétion les conversations des gens qui se plaignaient de la lenteur de la bureaucratie! Et puis il y a eu cet homme, celui qui savait exactement quelle file prendre, où se rendre et quel document soumettre à qui…

Je ne sais pas comment il s’appelle, où il vit, ni même quel était le véhicule qu’il conduisait au contrôle. Mais cet homme, est revenu vers moi à plusieurs reprises, il devait avoir la soixantaine, et se sentait responsable de mon sort. Il s’approchait en me faisant un signe de la main, avez-vous eu vos papiers? Vous a-t-on rendu votre carte rose? Êtes-vous dans la bonne file? Vous permettez que je vérifie? S’assurant que je suis dans l’axe pour permettre à la Peugeot d’enjamber la fosse… Et s’éclipsant sans un mot, sans tomber dans l’indiscrétion ou la familiarité à aucun moment.

Cette rencontre a transformé ma journée d’attente, et oui, je suis heureuse dans ces moments d’être mauricienne. Voilà de quoi alimenter ma théorie selon laquelle la vraie richesse de l’ile Maurice ne se trouve pas dans ses champs de cannes, ou sur ses plages ensoleillées, mais bien au sein de son peuple admirable… Alors oui, j’aime la queue et les rencontres qu’elles occasionnent. C’est alors que je me sens le plus ‘fille du sol’!

Voir texte original sur http://www.sentirlemonde.com/blog/jaime-la-queue/
Merci Stef